Le Jour Z

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 Disruption: Les Noirs Ecrits de Fran Icesinger alias Frisca

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Realder

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MessageSujet: Can tah, can tak… Il existe d’autres dieux que les vôtres.   Jeu 22 Juin - 21:57

Can tah, can tak… Il existe d’autres dieux que les vôtres.

Mais aucun d’entre eux ne pourra m’aider cette fois-ci. Voilà qui permettra sans doute à Olikotora de poursuivre la mission qu’il s’est donné sans craindre de sabotage de ma part. Mais pourquoi m’abaisserais-je à de si viles actions ? Pour me venger ? Non… il me reste encore quelques miettes d’honneur : ce qui m’importe au fond, ce n’est pas de mettre Watson hors d’état de nuire, c’est de parvenir à obtenir des résultats avant lui, à ma manière.
Je l’ai croisé récemment près de chez-moi, rôdant à proximité de mon sanctuaire. Je n’aurai jamais pensé qu’il oserait y remettre les pieds mais je m’étais visiblement trompée sur son compte. L’âme d’Oliko est sans doute devenue plus noire elle aussi, puisqu’il n’a pas hésité à faire main basse sur deux de mes caisses isolantes. A sa décharge, il me l’a avoué quelques temps après m’avoir interceptée. Je puis l’accuser de bien des maux mais le docteur Watson n’est pas un voleur : j’ai pris soin de transformer ce larcin en échange. Un peu de son sang en paiement de mon matériel : c’est à mon sens une transaction acceptable pour les deux parties. C’est un accord que nous avons passé dans les règles et je compte sur lui pour le respecter… Olikotora n’est pas conscient du poison qui circule - je le crains - dans mes veines. Mais il est prévenu : si je le surprends à nouveau près de Frontière d’Acier sans avoir eu vent de sa visite, je jure que je prendrai les dispositions nécessaires pour le briser. Œil pour œil, dent pour dent. Il existe d’autres blessures que celles du corps.

Je comprends la délicate position de Waam dans cette histoire : la mystérieuse survivante à la voix aussi étrange que le fil de ses pensées doit se sentir oppressée en notre présence, comme prise entre deux feux. Elle s’efforce de nous aider l’un comme l’autre, tout en se tenant éloignée de nos divergences. Je ne lui en veux pas ; en d’autres temps, Waam aurait pu devenir une amie, une personne sur qui j’aurai compté. Mais c’est impossible en ces circonstances. Au moins a-t-elle été honnête avec moi : elle retournera d’où elle vient une fois sa mission terminée. Une partie de moi l’apprécie tandis que l’autre n’éprouve que du ressentiment à son égard. Waam n’est pas très différente de nous tous en fin de compte : elle éprouve des émotions et sa logique est pareille à la nôtre. Elle est en tout point notre semblable, seules sa sagesse, ses connaissances et ses capacités en font un être à part.
Pourtant, malgré son art, elle ne nous abandonnera pas moins ici et seul le souvenir de l’avoir rencontré perdurera. Chacun d’entre nous - Watson, Falcon, Ozone, Gitanos, Ded… ne sera finalement rien de plus qu’une série de données, de dossiers qu’elle pourra fournir à ses supérieurs. En cela, son essence est indubitablement humaine : c’est dans notre nature d’être égoïste. Visiblement, Waam et les siens partagent ce trait de personnalité avec nous.

Ne me juge pas Voyageur, Voyageuse. Si tu disposes de l’ensemble de mes écrits et que tu les as lus depuis que je me suis décidée à sortir de cette cave à l’odeur douceâtre remplie de pommes de terre, tu as bien compris que j’étais la championne toutes catégories lorsqu’il s’agissait de manier les mots sur le papier. Cette encre cristallise mes sentiments, mon ressenti et porte en elle l’essence même de ce que je suis et de ce que je ressens. Ce n’est pas un dialogue entre nous, pas même un débat entre les différentes parties concernées : c’est mon journal, ma réalité mise à nue, exposée à ton regard inquisiteur. Alors je t’en prie, ne te hâte point dans ton jugement… Parce que c’est mon cœur que tu tiens entre tes mains.
Dis-moi, Voyageur, Voyageuse. Si j’arrachais son reflet de ma poitrine pour le jeter dans la Brume avant que le froid voile de la mort ne m’enveloppe, quelle voie suivrait mon journal et qu’adviendrait-il de moi ? Serais-je réveillée par le bruit des vagues et l’odeur de l’iode marin ? Serais-condamnée à errer sans fin dans le Brouillard Affamé tout comme Wouff et Realder ? Ou bien serais-je réduite à moins qu’un fantôme, coincée entre les Membranes des Plans ?

Les loups ne m’ont apporté aucune réponse jusqu’à présent. Je n’ai aucun moyen de les marquer, ils succombent à leurs blessures avant que j’ai le temps d’en tirer quoi que ce soit. Seuls leur sang et leur cœur sont susceptibles de servir à quelque chose. Mais pour l’instant, je n’ai aucun résultat exploitable. Il ne me reste plus beaucoup de choix. Si je poursuis sur cette voie, je sais où tout cela va me mener et je n’ai pas spécialement envie de me salir les mains de cette manière. Je ne suis pas biologiste et même si je parvenais à obliger Olikotora à travailler pour moi, il préfèrerait sans doute tout perdre que de renier ses principes. Pauvre âme perdue, emprisonnée dans son carcan de chimères…
La solution de l’ogive est la plus prometteuse mais à supposer qu’il y en ait bien là-bas, il me faudrait encore m’aventurer dans le panache toxique, traverser les vingt centimètres d’acier blindé de la porte (au bas mot), et disposer d’un corps en parfait état, ce qui n’est plus le cas du mien si je ne m’abuse. Je pourrai bien sûr choisir de mettre fin à mes jours ici-même mais j’ai peur que tôt ou tard, cette combine ne fonctionne plus.
Il me reste Waam et ses secrets. D’une manière ou d’une autre, je veux sortir d’ici. Et elle en connait le moyen.

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MessageSujet: Mi him, ah lah, him en tow. Viens à moi et écoute.    Mar 27 Juin - 22:27

Mi him, ah lah, him en tow. Viens à moi et écoute.

Mi him, en tow, Dorro, mi him. Ou qui que tu sois. Frisca implore ta présence car elle a besoin de ton aide. Si em, tow en can de lach. Pour toi, je parlerai le langage des Morts. Tak ah lah ! Waam en tow. Tak ah wan !

Une fois de plus, ces terres ont été balayées par un nouvel Ouragan de Portails et le compte à rebours a été remis à zéro. J’ai tout perdu et je me sens pourtant étrangement calme. Sans doute n’ai-je plus grand-chose à espérer de mes recherches. Les longues heures passées à parler avec Waam, à essayer de la comprendre, ont finalement porté leurs fruits. En partie du moins car je dispose d’un début de piste : si je parviens à suivre ce chemin, tout ce sur quoi j’ai travaillé depuis mon arrivée à Frontière d’Acier deviendra caduque. Je me doutais qu’elle en savait bien plus que ce qu’elle voulait bien me dire. C’est chose faite à présent.
Je suis satisfaite mais je ne m’en sens pas heureuse pour autant, bien au contraire. Et à dire vrai, une partie de moi regrette même cette conversation que nous avons eue. Je ne suis pas stupide : je pourrai immortaliser ici ce dont je me souviens, solidifier ma mémoire pour que quelqu’un d’autre reprenne le flambeau s’il devait m’arriver quelque chose. Mais ce serait trahir Waam en quelque sorte. Parce qu’elle ne peut tout simplement pas imaginer que je choisisse une voie qui n’aille pas dans son sens. Cette discussion doit donc rester secrète mais je me dois tout de même d’en garder une trace. En cela, je fais confiance à ma prose tortueuse semée de métaphores et de comparaisons : c’est un champ de mines pour l’esprit qui n’a pas l’habitude de s’y aventurer.

Ma jolie camarade aux cheveux blonds-argentés est persuadée de servir une cause louable, de faire partie d’un Grand Tout et surtout de contribuer à l’équilibre ultime du Macronivers. Le sort de notre espèce lui est bien égal mais c’est compréhensible : s’il convenait de sacrifier une planète pour en sauver des centaines, que feriez-vous ? Voici l’ironie de toute l’histoire : je pense que Waam n’a rien à voir avec ce qui s’est passé ici. La chute de la comète Runkha EC564, l’apparition du virus EXO, le déploiement des Team Alpha… Tout ce qui a eu lieu depuis qu’on nous a privés de nos paisibles existences lui est totalement égal. Elle a été envoyée ici-bas au sein d’un corps qui n’est pas le sien, comme nous tous, mais c’est un esprit dix fois, cent fois, mille fois plus évolué que le notre qui l’habite. Sa mission est la seule raison de sa présence comme je l’ai déjà écrit il y a quelques soirs de ça. Pour elle, nous ne sommes que des singes, de vulgaires macaques. Pour ceux qu’elle sert, nous sommes encore moins que ça : des puces.
Si Waam daigne dialoguer avec moi et me faire part de ses confidences, ce n’est peut-être que parce qu’elle me considère comme un bon animal de compagnie : je lui ramène ce qu’elle recherche et en échange, elle me fournit des informations au compte-goutte, un peu comme un chien qui rapporterait le bâton et à qui on donnerait un sucre en échange.
Elle m’a fait remarquer plusieurs fois que je voyais tout en négatif, que je devrais essayer d’être heureuse. Je l’étais, mais plus maintenant ; telle est ma nature. On m’a privée de ma liberté, mon bien le plus précieux, puis j’ai échoué dans cette cage pour être jugée par une âme en tout point supérieure à la mienne. Waam est ma tourmenteuse, et pourtant j’aime palabrer avec elle. Sans doute est-ce là un paradoxe de mon esprit corrompu : quelle délicieuse douleur que de confronter mes pensées plates et grossières à celles de cette créature raffinée et si sage…

Et pourtant, je ne partage pas l’avis de cette guerrière venue d’ailleurs. Sans doute ma nature humaine m’empêche-t-elle de saisir la vérité ? Quel mal y a-t-il à vouloir retrouver ce qui nous revient de droit ? Je parle au nom de tous ceux qui ont perdu des êtres chers, de tous ceux qui ont du abandonner leurs rêves - ou les deux ! Et pour quoi ? Pour contribuer à l’équilibre cosmique ?
Avant que le Cataclysme ne survienne, je marchais dans les pas des Arpenteurs en catimini, veillant à ne pas abimer la fine trame du Multivers. Je pinçais les cordes des Réalités avec des gants de velours, prenant garde à ce que leur musique ne soit pas altérée. Et lorsque je ne cartographiais pas les Plans que nous traversions, je menais une vie paisible sur cette planète bleue chère à mon cœur.
Grâce à Waam, j’ai appris qu’une nouvelle voie pouvait m’être proposée, une voie qui pourrait me permettre de retrouver cette existence chérie.

Je ne veux pas la trahir. Mais je n’en attends pas moins un signe. Et si des lames doivent être tirées de leur fourreau, alors qu’il en soit ainsi. Tuz Kren Lein. La Lame du Vide.

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MessageSujet: The Longer Road: Départ de Toril.   Mer 5 Juil - 9:52

The Longer Road: Départ de Toril.

Un soupir. Je puis enfin retirer ce lourd masque à gaz de mon visage, respirer l'air frais du Nord de Chernarus plutôt que l'immonde atmosphère viciée de mes propres poumons. Ce soir, je troque enfin mon fusil à répétition contre une autre arme, bien plus meurtrière. Un petit stylo, pour souiller les pages encore immaculées de mon journal.

Les loups sont là, eux aussi. A quelques pas de moi, pourtant je n'ai pas peur d'eux. Et ils ne me craignent pas non plus. Nous partageons au moins cela: ils n'aiment pas la Brume derrière moi. Cette limite derrière laquelle je me trouve, ces quelques mètres de terre entre Chernarus et le Brouillard Maudit représentent une zone de cessez-le-feu. Que l'un de nous s'avance d'un mètre ou deux et le carnage commencera. Mais pas aujourd'hui; demain peut-être, s'ils sont encore là.
Ils jouent ensemble pour le moment, tout en me jaugeant de leur regard froid. Ils savent ce que je suis, ce que j'ai fait. Deux loups blancs, trois jeunes loups gris et le chef de la meute - me semble-t-il : plus gros que ses congénères, couturé de cicatrices et une longue estafilade sur le flanc droit, guérie depuis longtemps. Peut-être m'a-t-il déjà fait sombrer par le passé. Il mérite sans doute un nom mais à quoi bon puisqu'il ne sera bientôt plus qu'un tas de viande sanguinolente? Il gronde en m'observant. Sans doute veut-il que je continue à écrire pour me remémorer ces souvenirs douloureux. Qu'il en soit ainsi.

Que décrire de plus que ce que j'ai sous les yeux? Je reconstruis Frontière d'Acier peu à peu, par habitude plus que par besoin. Mon entêtement n'a pas de limite et mon chez-moi disparaitra peut-être dans quelques jours suite à une nouvelle Tempête d'Ether. Mais je continue, envers et contre tout. Je mène quelques travaux par-ci par-là, étudiant les effets de la Brume sur les organismes vivants, analysant du mieux possible les roches de la carrière de Severograd et de la mine de Kamensk, peut-être dans l'idée très floue de construire moi-même un jour, ce que je n'ai pu obtenir à Tisy. Je décode également les transmissions que Waam m'a fourni et je parle parfois aux Dorros et Ulodos, espérant sans y croire obtenir une réponse, un signe...une impulsion.
Je n'obtiens aucun résultat. Je sais en revanche qu'ils cherchent à m'entendre et à me voir. La vitesse à laquelle je les retrouve est une preuve suffisante de leur intérêt, pour le meilleur ou pour le pire. Sans doute le pire. Fidèle à ma promesse, je sers Waam en l'assistant dans sa mission, sachant très bien que je ne fais que précipiter l'inéluctable.

Waam. J'ai bien failli la perdre, par bêtise, ingratitude...abandon! Pourtant, c'est ce que je voulais et c'est toujours ce que je veux au fond de moi. C'est que j'ai fini par l'aimer cette petite étincelle vibrante de vie... Sa nature même et sa méconnaissance de la nôtre nous emmène parfois dans des conversations sans queue ni tête et dans des situations plutôt cocasses. J'ai souhaité m'en écarter, parce que je n'ai pas envie d'en souffrir lorsqu'elle retournera chez elle. C'est ainsi, tel est le fardeau de ma nature: je suis humaine et pour préparer le présent, il me faut analyser le passé et envisager l'avenir.
J'ai su que j'étais allée trop loin lorsque je suis retournée à Frontière, il y a plusieurs jours de ça: mon campement était toujours là, mais pas celui de Waam. Elle était partie. Mais elle est finalement revenue - avec ce pauvre homme, Hal. Je ne sait que penser de lui, mais je m'en occuperai plus tard. Il m'a l'air bien trop honnête pour me porter préjudice, à moi ou à mes installations. Je le surveillerai néanmoins.
J'ai longtemps dialogué avec la belle guerrière, en évitant d'éclater en sanglots devant elle. Je lui ai expliqué le pourquoi du comment... et elle a accepté mes excuses. Ce n'est pas un souvenir agréable mais c'est un soulagement bienvenu. J'essaierai de faire comme si je ne pensais pas au futur: je suis bien consciente que notre temps côte à côte est compté - et j'en suis responsable en grande partie - mais Waam à raison; je ne peux pas vivre focalisée sur le présent mais je peux essayer de profiter des bons moments, même en sentant l'ombre de l'avenir planer au-dessus de moi. Et peut m'importe qu'elle me considère comme son égal ou comme son animal de compagnie. Au moins y a-t-il un semblant de lien entre nous.

Tant que je n'ai pas plus d'informations, mes autres objectifs sont mis en pause, en stand-by. Je ne vois pas ce que je peux faire de plus, à moins de reprendre contact avec Olikotora contre mon gré pour procéder à un échange de matériel ou plus vraisemblablement de connaissances. J'ai donc un peu de temps devant moi. Et entre mes livres, mes crayons, mes recherches... et l'éradication de la malédiction des loups blancs en Chernarus, j'ai de quoi faire.

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"Un point de chute, Toril, pour rayonner au-delà des Membranes du Macronivers. Des Relais pour étendre nos racines au travers des Réalités. Et cet autre, un plus grand mystère: le Purgatoire, le Bagne de l'Esprit où ton Dieu travaillera avec celui qui travaille, où de chaque épine doit sortir une rose. C'est là-bas que nous étions sensés échouer si la Mort devait nous surprendre. Une Solution Alternative, le pied-de-nez des Arpenteurs à la face de ce Multivers soi-disant Inaltérable.
Nous avons fait erreur en pensant que nous étions les seuls à nous jouer des Règles de la Matière. Nous sommes au cœur d'un conflit qui n'est pas le nôtre dans la Réalité que nous avions choisi mais au sein duquel nous avons peut-être pris parti Ailleurs. Ou que vous soyez, Veilleurs, Arpenteurs, faites profil bas."

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MessageSujet: The Longer Road: Blackmesa; Sector F, Lambda Reactor Complex   Jeu 13 Juil - 10:15

The Longer Road: Blackmesa; Sector F, Lambda Reactor Complex

En théorie, nous n'avions plus besoin de cette vieille casserole rouillée. Pas dans cette partie du Multivers du moins. Je ne m'y suis pas aventurée très souvent et pour cause; il est de ces lieux non seulement dangereux mais également chargés de sens et de souvenirs, angoissants, odieux et dérangeants. A l'image de la base militaire de Tisy et de son bunker condamné, du périmètre bouclé autour du réacteur de Tchernobyl, de la Zone 51 en Amérique - chez moi - et de bien d'autres endroits, rien que sur notre bonne vieille planète Terre.
Le Complexe Lambda est l'un de ces lieux et ce qui est arrivé - ou ce qui n'est pas arrivé - a sans aucun doute eu des répercussions majeures au sein de plusieurs réalités. Je pars du postulat suivant, mis en relation avec ce que Waam m'a raconté: ces songes qui perturbent sans arrêt mon sommeil et qui m'empêchent de fermer l'œil plus de quatre heures d'affilée ne doivent être que des échos en provenance d'autres Réalités Alternatives - ou quelque chose du même acabit. Dans ce cas, c'est bien mon histoire que je raconte au sein de ce journal: la mienne et celles de plusieurs "moi", perdus quelque part de l'autre coté des Membranes, au sein d'autres bulles dimensionnelles. Je suis tourmentée, pour la simple et bonne raison que je suis peut-être on ne peut plus proche de la vérité. Je suis également susceptible de me trouver complètement "à côté de la plaque".
Soit. Certains des secrets que j'ai gardé en tête sont peut-être inexacts, voire complètement faux. D'autres sont parcellaires mais dans les grandes lignes, il est possible d'apercevoir un ou plusieurs fils rouges à travers cette pelote hérissée d'épingles; Waam nous considère comme des êtres primitifs et elle n'a pas tort. Néanmoins, je pense qu'elle nous sous-estime.

A la base, le Réacteur Lambda avait été construit dans un tout autre but que celui qu'il sert actuellement - du moins qu'il servait avant que la comète ne s'écrase sur Terre. Realder en savait bien plus long que moi, j'ai pu le constater en disséquant chaque ligne de son journal. En ce qui me concerne, je ne me rappelle de rien, ou presque. Quand bien même ce serait le cas, je n'aurais pas grand chose de plus à dire. Ce que je sais, c'est que les installations du Complexe Lambda et l'histoire des Arpenteurs sont étroitement liées, peut-être pas au sein de cette réalité, mais probablement dans d'autres. Pas étonnant lorsqu'on sait ce qui se tramait là-bas. Téléportation, recherches sur la mécanique quantique, la génétique et l'existence de vies extra-terrestres... Olikotora aurait eu sa place à Blackmesa. Mais le destin en a semble-t-il décidé autrement.
Veux-tu savoir ce que je pense, Voyageur, Voyageuse? Oui? Tant mieux. Non? Tant pis. Il existe plusieurs moyens pour qui désire briser les barrières qui relient les univers entre eux, pour qui souhaite emprunter les ponts construits au-dessus des tumultes de l'Ether. L'un d'entre eux porte son nom, affiché en grandes lettres orange sur ses murs de béton de trois mètres d'épaisseur, sur ses multiples panneaux d'acier et de plomb. De ses blessures s'écoule la lumière qui tue l'Homme et il vomit sans cesse un flot de particules délétères - les mêmes qui hantent désormais l'atmosphère empoisonnée au Nord-ouest de notre enclave.
Le Café de Realder est une autre clé, destinée à ouvrir d'autres portes. Les Réalités fonctionnent différemment de par leur nature, ce qui implique d'adopter d'autre méthodes toutes plus invraisemblables les unes que les autres pour parvenir à s'y infiltrer.

C'est l'histoire des Arpenteurs, un combat de tous les instants pour cartographier le Macronivers. Ne cherche aucun sens à cela, Voyageur, Voyageuse. C'était ma vie et je l'aimais. Les plaisantins diront que je ne suis rien de plus qu'une Touriste de l'Hyperespace, une Visiteuse du Cosmos; et ils auront raison. Parmi nous, certains n'aspiraient qu'à ce but et d'autres nourrissaient sans doute de plus sombres desseins. Je veux retrouver mon passé: est-ce trop demander?
C'est l'histoire des Arpenteurs, et elle n'a rien à voir avec ce présent au sein duquel nous sommes coincés: nos "bienfaiteurs" ont envoyé des âmes en Chernarus, intégrées dans des corps qui ne sont pas les nôtres pour mener à bien une mission que nous avons oublié. Il y a pire: nos pensées elles-mêmes ne sont peut-être que des constructions de notre esprit pour faire face à une réalité qui nous échappe ou des éclats de conscience assemblés par ceux qui nous ont fait échouer dans ce Purgatoire. Et si mes passés n'étaient que pure invention? Nous sommes au moins deux à les partager: mon cher écrivain, Realder Descendres; et moi-même. S'il s'avère en fin de compte que ma vie n'est qu'une supercherie, je ferai tout pour la rendre réelle, quitte à repartir de zéro avec ou sans Realder. Je suis immortelle: l'éternité travaille à mes cotés.

Je lève mes yeux de mon journal et de sa couverture au titre bien choisi: The War of the Worlds. Ils sont rougis par le manque de sommeil et de lumière, pourtant je dois continuer d'écrire. Ce n'était que la première partie de mon texte: des éclats de mon passé ou des pensées crées de toutes pièces, remontés des profondeurs de ma mémoire à l'aide du doux Café des Arpenteurs. Je me sens mal à l'aise, malgré le cadre idyllique qui m'entoure: Narod Lessa, une petite communauté de survivants qui s'est récemment implantée au Sud de Grishino, près d'un petit lac. Je devrai m'y plaire, m'y sentir en sécurité, tout comme les poissons que nous avons pêché hier soir et qui tournent désormais dans leur tonneau, en attendant de manger - ou d'être mangés. Sam Détemps, le gestionnaire de ce petit village, se repose près d'un feu à quelques pas de là. Il pourrait venir me parler mais je pense qu'il a compris que je préférais rester seule ce soir.

Je reprends lentement contact avec Watson - Olikotora pour les intimes. Nous ne parlons pas beaucoup de notre longue dispute: si c'était le cas, l'un d'entre nous pourrait se retrouver victime d'un regrettable accident. Nous avons tous deux nos méthodes, notre mode de fonctionnement et notre regard sur le monde n'est pas le même. C'est pourquoi nous avons convenu d'en rester là. J'aiderai Oliko autant que je le puis dans ses recherches et en échange, il me fournira ce dont j'ai besoin. Notre amitié s'est étiolée, peut-être fleurira-t-elle à nouveau ou peut-être est-elle fanée à jamais. Ce n'est pas très important.
J'ai perdu un ami et je n'aimerais pas perdre la dernière qu'il me reste: je parle de Waam. Petite Citrouille m'en veut parce que je lui ai promis de m'installer avec elle dans un petit coin de paradis, or je n'ai pas encore eu le temps d'y emmener quoique ce soit. J'aurais pu, c'est vrai, mais il m'aurait alors fallu abandonner ma bibliothèque à Frontière d'Acier, mon petit trafic d'armes à Narod Lessa, et parcourir Chernarus du Nord au Sud avec une ou deux tentes attachées à mon sac à dos. Non, je refuse de presser les choses. Pour passer plus de temps avec elle, j'ai déjà abandonné l'ensemble de mes recherches mineures - mes travaux concernant les effets de la Brume, la dissection des loups, la création d'explosifs... J'ai jeté quelques tentes à travers le Brouillard, du matériel, des ressources rares, tout ça pour les beaux yeux de cette gamine boudeuse et quelque peu ingrate sur les bords. Nous avons tant fait l'une pour l'autre! Est-ce vraiment le moment de tout gâcher? Pour une race plus évoluée que la notre, je trouve que la sagesse de Waam n'est pas si développée qu'elle le laisse entendre. Le temps qu'elle passe à me culpabiliser, c'est du temps perdu que nous ne passons pas ensemble. Je pourrai décider d'en gagner en me bridant: après tout, c'est moi qui lui ai rapporté l'immense majorité de sa collection de Dorros et d'Ulodos! Finalement, ce n'est pas pour elle que je travaille, mais pour ses supérieurs! Me voient-ils en ce moment? Observent-ils la petite humaine qui se démène à accomplir la mission que leur guerrière n'a pas le courage de respecter? J'en viens à penser que ce n'est pas Waam qui devrait revêtir sa combinaison avant de quitter ce trou à rats. Laissez-là ici, vous m'entendez? A quoi bon vous encombrer d'une guerrière incapable d'accomplir votre objectif? Qu'elle demeure ici avec nous! Prenez vos saletés de Dorros et d'Ulodos avec vous et fichez le camp. Ce n'est pas votre monde, ce n'est pas votre univers, ce n'est pas votre histoire. Enlevez vos sales pattes de Waam et disparaissez de Ma Réalité!

"Car on dit qu'ils sont devenus pareil à ces étranges démons qui habitent la matière, mais n'abritent aucune lumière."

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MessageSujet: Re: Disruption: Les Noirs Ecrits de Fran Icesinger alias Frisca   Ven 14 Juil - 15:22

salut,
Un plaisir de te lire.
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MessageSujet: Merci!   Ven 14 Juil - 20:58

Salut DeekGeek,

Merci beaucoup pour ces paroles, ça motive!

A très bientôt je l'espère.

Cordialement,

Realder

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MessageSujet: The Longer Road: Xen, Monde-Frontière   Mar 18 Juil - 12:22

The Longer Road: Xen, Monde-Frontière

De l'eau. Des grains de Café. De la Poussière d'Ether. Ce soir, sous un ciel plombé cachant les étoiles, j'ai empoisonné mon corps et mon esprit avec une casserole entière remplie de cette mixture aux délicieux arômes. Sans nul doute me permet-elle de veiller au-delà de mes limites: je pourrai tenir des jours et des jours sans fermer l'œil. Le Café des Arpenteurs exacerbe mes sens; le chant des oiseaux devient plus audible, la caresse du vent sur ma peau est une langoureuse étreinte. Des parfums boisés près de Frontière d'Acier jusqu'aux vapeurs d'essence du garage de Grishino, c'est une explosion de senteurs, un véritable déluge de fragrances qui m'enveloppe. Les nécroïdes -tel est le terme employé par Olikotora pour parler des Grisâtres - me semblent bien lents avec ce flux qui parcoure mes veines. Même les blessures qu'ils m'infligent me paraissent insignifiantes en comparaison de ce brasier qui consume mon âme.
J'ai pu constater de mes yeux l'effet de ce divin nectar sur Watson. Sans doute est-il plus réceptif que Waam aux murmures du Grand Vide. Pourtant, aussi puissant soit-il, ce Café n'est qu'un pâle reflet de celui de Realder: un ingrédient manque - de la roche lunaire broyée - mais ce n'est pas tout: je n'ai tout simplement pas les compétences nécessaires à sa préparation, et c'est tant mieux. Il est des secrets qu'il vaut mieux ne jamais déterrer. Ma préparation fait néanmoins son travail: le rythme de la Chanson s'en trouve modifié et j'entends de nouveaux échos en provenance des tréfonds de la Matière. Ils brouillent mes pensées les plus noires - en tout cas, ils en altèrent l'éclat. C'est une bénédiction pour mon âme meurtrie. Des souvenirs émergent comme de vieux navires remis à flots: ont-ils pour origine l'une de mes incarnations passées? Sont-ils la résultante de mon esprit fatigué de se poser toutes ces questions sans jamais obtenir de réponses? Ou sont-ce des graines implantées au cœur de mon inconscient, pour que je mène à bien une mission qui n'est finalement pas la mienne? Encore une fois, le silence est le seul à me répondre.

Si j'apprends un jour que ces pensées, ces souvenirs, ces mémoires ne sont que des mensonges, mon principal regret sera de ne pas avoir posé le pied sur le seuil de mondes tels que Xen.
Je vois dans les vapeurs de mon Café, l'immensité vide d'une nébuleuse, les fragments d'une planète depuis longtemps détruite. C'est un océan de quiétude maintenant que Nihilant n'est plus. Un homme libre dont nous ne nous soucions plus depuis longtemps a accompli un superbe travail là-bas, il y a de cela bien des lunes, libérant la voie pour les Arpenteurs, se frayant un chemin à travers les îlots lithiques à grand coups de pied-de-biche. Le premier Relais a été construit là-bas. Le premier d'une longue série, bien avant que Realder n'en ai connaissance, bien avant qu'il n'apprenne l'existence du Réacteur Lambda et des secrets du Multivers.
Je pourrai presque sourire en me remémorant les moments passés aux cotés des Arpenteurs - ceux dont je parviens encore à me rappeler. Pourtant, ce soir, mon esprit immergé dans la tempête, je m'autorise une réflexion qui me rend tout sauf heureuse. Je ne changerai pas, c'est un fait: ce que je veux retrouver, je le retrouverai, et si ce n'est pas le cas, je préfère encore m'abandonner au Néant. Quand bien même ça n'aurait jamais existé, je ferai tout pour mener tôt ou tard mes objectifs à leur terme. Et si je n'y parviens pas, retour à la case départ. Néanmoins, je m'interroge: la voici la petite piqure qui nous démange mais qu'on ne parvient pas à atteindre, celle qui nous empêche de profiter de quelque chose alors qu'on avait justement tout prévu...
Qu'avons-nous fait au Macronivers? J'aime à penser que les Relais Lambda n'étaient que des sortes de générateurs de distorsions locales et pas de dangereuses bombes capables de briser l'entièreté d'un Plan. Même plus tard, lorsque Realder traçait lui-même sa propre voie, quel impact pouvait-il avoir sur la Réalité? Il y a déjà quelques semaines de ça, Waam m'a expliqué que c'était aller contre le fonctionnement de toutes choses que de modifier le continuum à des fins strictement personnelles. Car c'est bien le cas au final et d'autant que je me souvienne de mon passé, aucun Arpenteur n'a jamais prétendu le contraire. Je n'ai jamais rien compris à la technologie employée à Blackmesa - je suis géologue à la base, pas experte en fission de l'atome, en mécanique quantique ou en modification de l'espace temps. Même Realder devait probablement se contenter d'utiliser l'existant sans remettre en cause son fonctionnement. Mais... si une étoile devait s'éteindre dans le ciel pour chaque balle tirée, continuerions-nous à nous faire la guerre?

J'ai perdu mon épée, celle à laquelle j'avais donné le nom de Tuz Kren Lein, La Lame du Vide. Un nouveau réveil sur la plage, encore une fois. Je ne compte plus le nombre de mes morts... Cette fois-ci, c'est ma maladresse qui en est la cause et je couche dans ce journal ces quelques mots, qui pourraient paraître honteux de prime abord: je suis passée sous les roues de mon propre bus tout à l'heure, celui que je comptais justement ramener au garage de Grishino. Une mort stupide que j'attribue à mon épuisement - épuisement que je ne ressens plus avec le Café qui coule dans mes veines. C'est une situation risible, une mort absurde pour qui pourrait lire ces lignes. Pas plus absurde que nos vies ici-bas. Avant de t'esclaffer, Survivant, Survivante, peux-tu prétendre t'être avancé(e) aussi loin que moi sur les chemins de la connaissance? Non, tu ne peux pas. Alors si tu lis ces lignes, ne me juge pas, parce que j'œuvre à comprendre la raison de notre présence ici - la mienne comme la tienne. Peux-tu en dire autant?
D'autant que je puis le constater, nous ne somme que trois de ce coté du miroir. Olikotora, Waam et moi-même. D'autres peut-être mais soit ils ne sont plus là, soit ils se terrent quelque part en attendant leur heure. L'hommage ne sera pas long: Le Docteur et Igor, deux esprits dans un même corps; Fyfoo et ses Lost Riders, paix à vos âmes mes amis. Et même Irwin Kelor, Mira Noskov et Yinho. Où êtes-vous à présent, misérables tas de viandes? Vous m'avez trahie, abandonnée... exécutée. Et vous brillez maintenant par votre absence, peut-être morts et bien morts ou perdus comme mon Realder dans le Grand Vide. Je suis toujours là, je me tiens bien droite face à votre tombe. Je vous ai survécu et le Macronivers continue peut-être de tourner sans vous.

Ce soir, je suis retournée sur Dragonia pour terminer d'écrire ces lignes, après avoir croisé Watson à Svetlojarsk - près du poste de secours d'un certain Ecureuil. Un drôle de surnom pour un survivant que je n'avais jamais rencontré jusqu'alors. Très gentil, peut-être un peu débridé sur les bords. Après tout, tant mieux: il m'a invité à venir visiter son campement et m'a expliqué qu'il comptait aider ceux qui étaient dans le besoin - autrement dit, ceux qui se réveillent parfois sur la plage. Non sans m'avoir fait quelques plaisanteries grivoises, nous avons pris congé. Je retournerai sans doute le voir un de ces jours, ne serait-ce que pour le remercier de son accueil et pour lui présenter Olikotora: le biologiste et le secouriste au grand cœur pourraient peut-être travailler de concert dans le futur.
Quand à moi, ma route à court terme est toute tracée: je vais retourner à Frontière d'Acier avant de m'aventurer une nouvelle fois au sein des Malterres, dans l'atmosphère délétère de Tisy. Cela ne m'enchante guère mais j'y vais plutôt avec le sourire. Le souvenir d'une Waam heureuse de me voir à Dragonia m'aidera à arpenter ce lieu maudit, repère de crocs et de griffes.

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MessageSujet: Re: Disruption: Les Noirs Ecrits de Fran Icesinger alias Frisca   Mar 18 Juil - 14:26

Encore un texte riche, agréable a lire et bien écrit !
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MessageSujet: The Longer Road: Un Purgatoire d'Ossements; les Huit Cercles de Larmes sont le Ventre de Pluton   Hier à 14:01

The Longer Road: Un Purgatoire d'Ossements;  les Huit Cercles de Larmes sont le Ventre de Pluton

Je n'ai pas pour habitude de tenir mon journal aux petites lueurs de l'aube. Pourtant, c'est ce que je fais en ce moment et je n'ai pas besoin de raisons. Il est étrange de constater à quel point ce monde peut nous faire oublier les petits détails de notre réalité, celle d'avant la Catastrophe - si c'est bien d'une catastrophe qu'il s'agit et pas d'une supercherie savamment orchestrée pour nous faire croire que tout est parti à vau-l'eau. Par exemple, j'avais presque oublié cette salamandre sur mon épaule: elle cherche à rejoindre ma nuque mais ne pourra jamais l'atteindre. Aussi réussie soit-elle, il ne s'agit que de quelques gouttes d'encre sous ma peau. D'après ce que je sais, je ne devrais pas la voir puisque je ne suis que la locataire d'un corps qui ne m'appartient pas. Un corps qui, a priori, ne dispose certainement pas des mêmes attributs que celui que j'habitais par le passé. Je regrette presque d'avoir jeté mon matériel à travers la Muraille d'Ether et de ne pas disposer d'Olikotora sous la main: sans doute aurait-il pu étudier ces tissus et m'annoncer s'il y voyait la même chose que moi.

Et voici que j'éclate d'un rire nerveux alors que je rédige les présentes lignes: ce petit paragraphe, juste au dessus, je l'ai écrit hier, avant de partir pour Dragonia avec Waam. Si j'avais su, je serais restée cloîtrée à Frontière d'Acier comme Le Gonarch dans son antre. Il est arrivé tant de choses... Je vais devoir trouver un moyen de les organiser au mieux dans un coin de mon cerveau avant de les coucher sur les pages de mon journal.
Tout a commencé lorsque nous sommes retournées sur la côte: avant cela, nous coulions des heures paisibles à Dragonia, si l'on excepte quelques bris de verre et quelques flèches plantées un peu partout - troncs, barils, nécroïdes, poulets... rien ni personne n'échappe à l'œil avisé de Waam et à l'œil un peu moins exercé de Fran Icesinger. Quoiqu'il en soit, je ne crois pas me tromper lorsque j'affirme que la tension a commencé à monter une fois parvenues à Kamenka, tout en restant néanmoins dans un ton calme et bon enfant. C'est d'ailleurs là-bas que nous avons fait la connaissance de Grygor Krasky: pas un mythe à mes yeux comme je l'ai laissé entendre mais bel et bien une légende urbaine personnifiée. Cela faisait des mois que j'avais entendu parler de lui - guère plus qu'un nom - et quelques semaines que j'avais remarqué ses affiches, décrivant son installation sur l'île que nous nommons parfois Alcatraz. Visiblement, l'ancien lieutenant de police a préféré établir sa petite retraite à Kamenka; sans doute n'a-t-il pas eu le courage de transporter son matériel de l'autre coté du rivage. Grygor semble être un survivant à l'écoute, réfléchi et peut-être quelque peu morose - tout comme moi. Ce n'est pas l'un de ces agités de la gâchette que l'on rencontre parfois au détour d'un chemin. Du peu que j'en ai vu, c'est un homme droit, bienveillant qui s'est apparemment donné comme objectif d'enquêter, voire de traquer un soi-disant groupe de cannibales déguisé en cirque. J'ai également la nette impression que l'ancien policier a vu des choses - autres que les simples résultats d'une apocalypse engendrée par un horrible virus - et c'est pour cela qu'il est désormais sur ma liste. Je vais garder un œil braqué sur lui et une oreille tendue dans sa direction, quitte à donner une double ration de graines à certains moineaux...

La nuit commençait à poindre lorsque nous avons pris congé de Grygor Krasky: il avait apparemment une transaction à effectuer avec Gitanos et son homme de main, Maxence. C'est Waam qui m'a proposé de patienter près de son campement jusqu'à son retour mais comme je pouvais m'en douter, il n'est pas revenu et nous sommes donc reparties en direction du Nord, en passant par le nouveau Narod Lessa, près de Vybor cette-fois-ci. A vrai dire, il s'agit toujours d'un camping aux allures de camp fortifié à mes yeux, et pas d'un village. Mais peu m'importe: c'est exactement ce dont j'ai besoin et il convient de saluer la patience du maître des lieux pour l'organisation de sa communauté. Tout y était bien rangé, à sa place... Sauf ma tente et les armes que je destinais à de fructueuses transactions. C'était un véritable pandémonium là-dedans, comme si on avait jeté mes possessions en vrac plutôt que de les disposer soigneusement. Le cran de sécurité de mon AKM n'était même pas enclenché et des boites entières de balles trainaient ça et là. Ce qui n'a pas arrangé mon humeur déjà passablement entamée par les piques de Waam concernant le nombre de pommes que je suis capable d'ingurgiter et par notre longue attente à Kamenka. Le matériel que je réserve à l'échange n'est peut-être pas neuf, mais j'ai pris le temps de le customiser, de l'équiper de ce que l'humanité a fait de meilleur - en terme de technologie, pas en terme d'éthique. Et voilà comment on traite mon équipement! Je toucherai deux mots à Sam Détemps et son comparse: j'espère qu'il auront d'autres arguments que le plomb pour m'expliquer la raison de ce foutoir!

J'aurai aimé que la journée se termine autrement. Jusqu'à maintenant, je n'ai fait que noter les diverses péripéties de ce voyage mouvementé. Je n'aurais jamais pensé que nous en arriverions là: encore une fois, c'est à Frontière d'Acier que nous nous sommes violemment disputées avec Waam. A croire que ce lieu ne l'aime pas et cherche à m'isoler du reste du monde.
Il n'y a jamais qu'un seul fautif dans ce genre de cas, en l'occurrence il s'agit ici de deux fautives: Waam et sa nouvelle personnalité... moi et mon caractère irascible. Cela pourrait paraitre risible mais c'est bien plus que ça en vérité. C'est un combat entre ce qu'elle est, la nature humaine qui commence visiblement à la corrompre et la mienne. Et c'est aussi parce que j'estime être la seule à pouvoir émettre un jugement sur la question "Realder Descendres". D'après Olikotora, qui m'a tendu plus tard dans la soirée sa main secourable - encore une fois - notre altercation est peut-être due à un quiproquo. Cela ne changera rien au fait que j'ai frappé Waam, et pas d'une petite claque mais bel et bien d'un poing ganté sans retenir mon coup. Et je m'en veux bien entendu. Mais ce qui est arrivé ce soir-là se serait de toute manière probablement déroulé dans les prochains jours. La Waam qui parcoure Chernarus à mes cotés n'a plus rien à voir avec celle que j'ai rencontré un jour au Marché de la Sobor, vêtue de peaux de bêtes tannées et de fourrure et armée de son épée d'acier. Lorsqu'elle ne pense pas à sa mission et qu'elle parvient à se défaire de sa véritable nature, elle est pareille à une enfant qui commencerait tout juste à découvrir notre monde. Une enfant à qui on aurait donné d'effroyables pouvoirs et des idées préconçues.
Waam ne sait rien de Realder, de Watson, de moi - de personne. L'absence de lien psychique entre les humains ne veut pas dire qu'il n'existe rien entre nous: que sont les sentiments et les émotions? Voici nos liens à nous: infiniment plus riches et complexe qu'un esprit commun. Nous ne pouvons comprendre entièrement Waam et elle ne peut nous comprendre. Mais je n'ai pas envie de m'attarder sur ces questions maintenant. Olikotora m'a appris quelque chose sur moi-même, quelque chose qui pourrait être une réalité comme le pire mensonge qu'on n'ait jamais osé proférer à mon égard - ou encore une illusion collective, ce syndrome dont parlait parfois le Docteur, Relic. Je vais l'écrire ici, pour en garder une trace moi-même, mais pas au sein de ce chapitre.

C'est une ligne parallèle à notre histoire: une quête que j'aurai peut-être suivi un jour ou l'autre, même si je n'avais pas été coincée en Chernarus. Olikotora aurait pu choisir de ne pas m'en faire part, mais il a finalement plongé avec moi dans l'abîme. Je t'aiderai donc, Oliko, je m'efforcerai de retrouver Anna si je le puis et si elle existe bel et bien.
En contrepartie, aide-moi à comprendre qui je suis, ce que je suis. Humaine? Pantin de chair, de sang et d'os? Ou encore autre chose? Fournis-moi la réponse cette question qui n'a jamais véritablement franchi mes lèvres et reprenons la route. Il nous reste beaucoup de choses à accomplir.

"Dans sa demeure de R'lyeh la morte, Cthulhu rêve et attend."

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MessageSujet: The Longer Road: Dans l'Ombre de la Tour Sombre; Can'-Ka No Rey, The Red Fields of None   Aujourd'hui à 12:18

The Longer Road:  Dans l'Ombre de la Tour Sombre; Can'-Ka No Rey, The Red Fields of None

Bienvenue dans Ma Réalité. Ces feuilles sur lesquelles je distille mon essence ne sont pas celles de mon journal, et peut-être n'y prendront-elles jamais place. Waam m'a dérobé ce qui comptait le plus à mes yeux: mes écrits et - maudite soit-elle - les journaux de Realder. Sans oublier le carnet de Norman Ross. Ce n'est rien de moins que mon cœur et que mon âme qu'elle a volé, et elle le sait. Peu importe ce qui s'est passé entre nous, peu importe ce qu'elle a pu conclure de mes paroles, ce qu'elle a entendu de ma conversation avec Olikotora. Elle n'avait pas le droit de faire ça, elle n'aurait même pas dû en avoir la possibilité. Ces écrits sont des artefacts, des anomalies bénies par le Grand Vide et gorgées d'Ether. Sans eux, je ne suis rien, je perds ma cohésion, mon intégrité, ma raison d'être.
Je ne toucherai pas aux Dorros et aux Ulodos, non seulement parce qu'elle tient bien plus que ma vie entre ses mains mais aussi parce que lorsque je fais une promesse, j'essaie toujours de m'y tenir. Allez... sans rancune: je puis rédiger ces lignes à présent, puisque je n'ai plus à la ménager. Depuis le départ, j'œuvre a achever sa mission, sans forcément la comprendre. Je comptais agir une fois que les Dorros et les Ulodos auraient été réunis: trois choix auraient pu s'offrir à moi. Elle ne sait rien de mon vrai visage: trois facettes de moi-même pour au moins trois réalités. Je n'aurai peut-être pas réussi à mettre mon plan à exécution mais j'aurai au moins essayé. C'est fini maintenant. Il n'y a pas de combat. Il n'y a pas de vengeance. Il n'y a que le sommeil.
J'ai perdu Waam parce que je l'ai trompée, tout comme d'autres m'ont trahie par le passé. C'est donc cela que l'on ressent dans ce genre de situation? Quel gâchis... Elle s'est tirée une balle dans la tête devant moi; je devrai être prostrée dans un coin à pleurer sa mort, à me lamenter sur mon sort... à me détester pour ce que j'ai fait. Mais non. Ce n'est qu'une farce, rien qu'une farce, un dommage collatéral, rien de plus. A l'heure qu'il est, Waam doit être en route pour un autre horizon, toujours en Chernarus cela dit. Je vois d'ici ses petits pieds martelant le bitume près de Berezino. J'entends son souffle, je vois la colère et la déception dans ses yeux. A moins qu'elle n'ait déjà compris qu'elle me tenait à sa merci. Que peut-elle m'infliger de pire que ce qu'elle a déjà fait? Raser Frontière d'Acier? Nos amis communs s'en occuperont très bien tous seuls. Je verrai bien si la petite lame tombée des Etoiles cherche la vengeance. Je lui aurais néanmoins donné ce conseil si elle n'était pas partie si vite: l'Oubli est le Suprême Refuge.

Dans cette prison, il ne me reste désormais plus que Watson, celui-là même qui m'a finalement en partie pardonnée mes actes odieux. J'en viendrais presque à espérer qu'il se venge de ce que je lui ai fait subir. Ce ne serait que justice et peut-être cela arrivera-t-il un jour. Mais pour le moment, je vais reprendre mes recherches - à ses côtés.
Je ne les mènerai pas à Frontière d'Acier - trop dangereux et surtout trop loin du dispensaire. De nouvelles questions frappent aux portes de mon esprit: Olikotora a disséqué mon corps - celui qui était passé sous les roues d'un bus il y a quelques jours de ça. Ce qu'il prétend y avoir trouvé, j'aurai préféré ne jamais l'entendre. Privée des connaissances de Waam, je reprends mon tâtonnement. Nous ne serons pas trop de deux, aussi aiderais-je Watson autant que je le puis.

Je dois retrouver ce qui m'appartient. Mon passé, mon présent. Mon avenir.

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